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  • : Je suis Isabelle, la maman de Laura. Elle avait 5 ans 1/2 lorsque nous avons appris le 10 octobre 2007 qu’elle était atteinte d'une leucémie lymphoblastique aigue. J'ai décidé de créer ce blog afin d'informer les amis, la familles, les proches...de l'évolution de l'état de santé de Laura. J'en profite également pour "vider mon sac" !
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Intensification n°1

Mercredi 20 février 2008

Au moment où j’écris ce message, Laura reçoit sa 2ème chimio de l’intensification n°1, l’Adriamycine, juste avant elle a eu la première, la Vindésine.

 

Ce matin, les neutros étaient à 2600, aussi, les médecins ont décidé de démarrer la nouvelle partie du protocole. Elle a eu son myélogramme, ça s’est d’ailleurs plutôt mal passé aux dires de papa, elle était très stressée et très agitée, mais qui ne le serait pas en sachant que l’on va vous enfoncer une longue aiguille dans l’os iliaque (au niveau des hanches).

Nous n’avons pas encore vu le médecin pour les résultats mais ils devaient être conformes aux attentes car le démarrage de l’intensification en dépendait.

 

Nous voilà donc parti pour 50 jours d’un difficile traitement. Bien sûr les retards sont très courants si les analyses ou l’état de Laura ne permettent pas de faire une chimio, et il n’est pas rare que l’intensification n°1 dure plus longtemps.

 

Le programme débute par 3 semaines de corticoïdes, avec une dose plus forte que les fois précédentes, donc 3 semaines sans sel et sans sucre ajouté. Il est déjà très difficile de nourrir Laura sans restriction alimentaire car elle n’aime rien, je n’ose même pas imaginer ce qui nous attend durant ces 3 semaines, sans compter que son comportement sera modifié par les corticoïdes. Nous allons avoir droit à des colères, cris, excès d’humeurs en tous genre…il va falloir s’armer de patience et surtout protéger Alexis pour qui ce sera très dur à vivre aussi.

Durant ces 3 semaines, nous nous rendrons à l’hôpital tous les lundis, mercredis et vendredis pour les injections de chimio.

Les 5 semaines suivantes seront plus calmes dans le sens où il n’y aura plus de corticoïdes donc plus de restrictions alimentaires, et nous nous rendrons plus qu’une fois par semaine, à l’hôpital, les autres injections étant faites par une infirmière à la maison.

 

Les risques d’aplasie sont assez élevés car les chimios assez fortes, et il ne fait aucun doute que Laura perdra complètement ses cheveux cette fois-ci, pourtant ils avaient commencé à repousser…

 

Laura sort ce soir ou demain de Trousseau, juste le temps de respirer avant la ponction lombaire de vendredi.

 

 

A suivre…

Par Isabelle
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Jeudi 21 février 2008

264

Laura est rentrée à la maison hier en fin d’après-midi. Elle était ravie mais très fatiguée, si bien que les larmes avaient tendance à couler pour un rien. Elle avait également mal à la hanche du côté où le myélogramme a été fait, si bien qu’il a fallu la porter toute la soirée .

Elle a immédiatement retrouvé son teint gris avec la chimio, il faut dire qu’hier elle a commencé très fort.

 

A peine arrivés à la maison, je suis repartie à la pharmacie avec mon ordonnance faire le plein de médicaments, d’abord l’antivomitif prescrit par l’hôpital et les cachets de corticoïdes. Après avoir fait le compte avec le pharmacien, en suivant scrupuleusement l’ordonnance : 5 cachets 3 fois par jour pendant 2 semaines puis décroissance la 3ème semaine….nous sommes arrivés à un total de 264 ! Laura prendra 264 cachets de corticoïdes en 3 semaines !!!

 

Les repas sans sel ont démarré. Laura dit « non » automatiquement car sachant que c’est sans sel, elle met son veto. Pourtant hier soir, j’avais préparé un plat qui ne différait pas de l’habitude sachant que je le prépare toujours sans sel . Après avoir négocié, et encore négocié en restant toujours zen, elle a finit par manger un peu, mais un moineau aurait largement pu avaler la même quantité.

Ce midi, rebelote !  Négociations, négociations….elle a fini par avaler 1 œuf dur (que le blanc) et la moitié d’un autre.

 

Le problème n’est pas tant de trouver des idées de plats sans sel en fait, mais de faire manger le frère et la sœur ensemble. En effet, Alexis doit manger normalement et forcément, c’est dur pour Laura de voir son frère manger des choses qu’elle ne peut pas manger. Aussi ce midi, afin de faire passer la pilule plus facilement, le repas s’est déroulé devant la télé….je n’en suis vraiment pas fière…

Mais où sont donc passés mes grands principes ? Il a toujours été hors de question pour ma part de manger devant la télé, déjà parce que mon tapis ne résistera pas longtemps, mais surtout parce que pour moi le repas est un lieu d’échange, et la télé ne favorise pas tellement cela, mais voilà, j’ai cédé par faiblesse, parce que je n’ai aucune envie de voir la première crise de Laura. Surtout que le repas est souvent l’élément déclencheur pour elle.

 

Demain, nous passons la journée à St Camille pour des injections de chimio et surtout une ponction lombaire. Elle n’est pas encore au courant, je vais lui annoncer tout à l’heure, je pense que ce sera le thème de notre première crise…

 

A suivre…

 

 

 

Par Isabelle
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Vendredi 22 février 2008

Aujourd’hui a été un jour « sans » comme on dit parfois, une journée où tout semble aller de travers, où je me sens révoltée contre la terre entière, une journée où je ne réponds pas au téléphone, parce que je n’ai pas envie de parler, parce que je ne pense pas que quiconque puisse comprendre ce que je ressens au fond de moi, parce que j’espère de tout cœur que personne ne vit, n’a vécu ou ne vivra ce que je vis.

 

Comme l’introduction de cet article le sous-entend, la ponction lombaire de Laura s’est mal passée, malgré le calmant de choc, elle a fait une crise terrible. Elle était angoissée, à cran avec ces corticoïdes (déjà 40 cachets avalés !), et les choses traînaient, les résultats des analyses de sang n’arrivaient pas, des urgences dans le service…et pendant ce temps là ma fille avait mal au ventre tant elle appréhendait, ses poings étaient serrés, son visage crispé.

Quand le moment est finalement arrivé et que ma Laura s’est calmée, elle s’est mise dans la bonne position toute seule, sans que personne ne lui dise rien. Elle n’a rien sentie et on a pu faire passer le méthotrexate sans problème.

Ensuite il a fallu attendre 2 heures allongée pour que le produit passe bien et qu’elle n’ait pas de maux de tête ensuite. Puis mettre un deuxième patch, sur la cuisse cette fois-ci, pour l’injection de L-Asparaginase, puis encore 2 heures à attendre avec une surveillance et une prise de tension tous les quarts d’heures.

 

Nous sommes arrivées à 10h ce matin et reparties à 17h.

 

C’était dur de voir ma fille pleurer parce qu’elle savait qu’encore une fois elle allait devoir subir une ponction, et il n’y a rien de plus angoissant pour elle depuis qu’une fois, elle a tourné la tête pendant que le médecin préparait tout, et vu l’aiguille.

Encore une fois je me suis sentie tellement impuissante, j’aimerai tant savoir ce qu’il faut faire pour que ma fille ne subisse plus tout ça, qu’elle soit comme tous les enfants de son âge, à courir, rire, profiter de la vie. Mais elle est si courageuse, c’est une grande leçon qu’elle me donne à chaque fois, je suis si fière de ma fille. Pendant sa crise, je me suis mise à pleurer, elle m’a alors regardée, m’a essuyée une larme sur la joue et m’a dit « il faut pas que tu sois triste maman, tu dois pas pleurer, c’est ta fête aujourd’hui ! » bien évidemment, cette parole pleine de tendresse au milieu d’une crise m’a encore plus fait pleurer tant j’étais émue.

 

Pas facile en ce moment, je me suis à peine remise de la frayeur que j’ai eue la semaine dernière quand elle est partie à Trousseau et que ses neutros ne remontaient pas, que l’on a enchaîné l’intensification si lourde en traitements. Je me sens épuisée, révoltée de voir que la recherche n’avance pas faute de crédits pour trouver le remède miracle, et surtout la cause, ainsi on pourrait éviter cette terrible épreuve à d’autres familles mais surtout on saurait pourquoi !

 

 

J’ai fait ma petit thérapie, je me sens déjà un peu mieux…allez, soyons optimiste, déjà 3 jours de passés

 

 

A suivre…

Par Isabelle
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Mardi 26 février 2008

Je passe rapidement vous donner des nouvelles.

 

Demain cela fera une semaine que nous avons débuté l’intensification n°1, et comme tout le monde me l’avait dit, c’est très dur. Laura reçoit un traitement très lourd et elle est assez fatiguée. En plus de cela, elle ne veut rien manger . Les morceaux qu’elle mange en une journée peuvent se compter sur les doigts d’une main, cela n’arrange rien à la fatigue, bref, elle est nourrie aux cachets.

Ce soir elle a un peu plus mangé qu’à l’habitude, j’espère que cela va durer.

 

Je m’excuse de ne pas développer plus mais je n’arrive pas à trouver les mots, je me sens complètement vidée et le moral est au plus bas. Je n’arrête pas de pleurer tant j’ai mal de voir ma fille dans cet état. Gaby n’est pas mieux que moi, c’est une période très difficile pour nous tous.

 

Pardon aussi de ne pas répondre au téléphone, mais nous sommes souvent à l’hôpital et quand je n’y suis pas, je n’ai pas envie de parler.

 

A suivre…

Par Isabelle
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Jeudi 28 février 2008

Ce matin Gaby et moi nous sommes réveillés avec cette impression de ne pas avoir dormi. Lui comme moi nous nous sentons complètement impuissants en ce moment, nous regardons notre Laura maigrir, pleurer de fatigue et d’énervement et ne n’avons pas de solutions pour que cela change. Nous devons attendre que ce traitement se termine.

 

Nous avons encore passé 7 heures à l’hôpital hier, elle a reçu pas moins de 3 chimios différentes sans compter les corticoïdes qu’elle prend chaque jour. Il y a eu l’épreuve de la balance et là, le choc, 16.200 kg, Laura a perdu 1.400 kg en une semaine. Le médecin lui a parlée et lui a dit que si elle continuait il faudrait l’hospitaliser pour la nourrir par le nez à l’aide d’une sonde. Laura a vu sa voisine de chambre subir ça à Trousseau en novembre et je sais que ça lui fait très peur, aussi je pensais que cette menace la ferait un peu plus manger.

Dans la voiture au retour, elle m’a promis qu’elle allait manger plus, aussi nous sommes allées toutes les 2 chercher de quoi préparer notre repas . Une fois rentrée, elle m’a aidée à préparer, à faire cuire la viande, elle semblait pleine de bonnes volontés, mais la désillusion a été rapide, elle n’arrivait pas à avaler. Elle s’est mise à pleurer et disait « mais pourquoi j’arrive pas ! ».

 

Je pense qu’il y a un blocage au niveau de la nourriture, le fait de savoir que c’est « sans sel », même si certains plats ne diffèrent pas de l’habitude, cela la bloque complètement. Elle n’a plus que la peau sur les os, et je crois que l’hospitalisation devient inévitable. Il reste une semaine de corticoïdes à forte dose, donc une semaine avant de réintroduire le sel progressivement . Je ne pense pas qu’elle puisse tenir jusque là.

 

J’ai tout essayé, la pierrade, en me disant que le côté ludique de faire chauffer sa viande elle-même l’aiderait, ça n’a pas vraiment marché, la viande hachée en forme de tout et de rien, les œufs durs, les crêpes, gaufres, gâteaux aux yaourts avec de l’édulcorant…sans succès. Je suis complètement perdue, ma fille est d’une maigreur terrible, elle fait désormais le même poids que son petit frère qui fait 25 cm de moins.

 

Nous retournons demain à l’hôpital, je pense que le verdict tombera demain ou lundi.

 

A suivre…

Par Isabelle
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Samedi 1 mars 2008

L’intensification n°1 se poursuit, et  il reste encore 5 jours de corticoïdes à forte dose plus 6 jours de décroissance.

 

Laura pesait hier 15.800 kg, ça y est, la barre des 16 kg a été franchi et elle pèse désormais moins lourd que son frère. C’est un sac d’os, elle est d’une maigreur terrible. Le médecin a jugé préférable de ne pas l’hospitaliser mais nous avons décidé ensemble d’assouplir le régime sans sel afin de lui faire reprendre du poids. Aussi, elle est autorisée à manger certains aliments dans lesquels il y a du sel à la base mais sans rajout de sel ensuite dans l’assiette.

Cela fait un problème de moins, même s’il reste la prise des cachets qui est une véritable épreuve à chaque fois. Comme elle ne sait pas avaler les cachets avec un verre d’eau, je les écrase et lui donne dans de la compote, mais bien sûr il y a un goût horrible. Aussi, nous passons entre 20 et 40 minutes 3 fois par jour pour qu’elle les avale dans les cris et les pleurs.

 

J’ai l’impression que nous vivons un véritable enfer, cette période est très difficile pour tout le monde, Laura est à bout et Alexis commence à en pâtir aussi. Il est vrai que nous lui portons un peu moins d’attention et il devient très jaloux de sa sœur et lui lance régulièrement des « je veux plus de toi » ou « je veux que tu partes ».De l’autre côté, avec les corticoïdes, Laura se met parfois dans des états terribles avec lui pour des broutilles. Mon pauvre Bibou est complètement déboussolé en ce moment et j’avoue être complètement perdue sur la façon de réagir. J’essaie de passer des moments rien qu’avec lui quand cela est possible, mais en étant seulement 2 jours par semaine à la maison, c’est difficile.

 

Quant à Gaby et moi, nous essayons de garder la tête hors de l’eau, chaque petit exploit comme une prise de cachets en moins de 15 minutes ou un repas de Laura un peu plus consistant que les autres nous redonne espoir, mais souvent nous retournons vite à la réalité en la voyant pleurer pour un rien ou avoir du mal à monter les escaliers tant elle est faible.

Ces 3 jours par semaine à l’hôpital sont épuisants, on reste là pendant des heures à attendre qu’une chimio passe, des résultats d’analyses de sang afin de savoir si Laura pourra recevoir le traitement prévu, et puis c’est un autre monde, un monde où vous croisez dans les couloirs une maman qui pleure de joie parce que son bébé de 5 mois part en salle d’opération pour sa 9ème et dernière opération, un monde où Laura se réjouit lorsque l’infirmière lui annonce qu’aujourd’hui il n’y a pas besoin d’ouvrir le pansement du cathéter pour faire la chimio et qu’il n’y aura donc qu’une piqûre dans la cuisse à faire…

J’ai l’impression de ne pas vivre dans le même monde que les autres, je ne côtoie que la maladie et pourtant, je n’arrive pas à en sortir en ce moment car j’ai l’impression que seules les personnes qui vivent cette épreuve où l’on vécu, peuvent comprendre ce que je ressens. C’est triste à dire, mais en ce moment,  je me sens mieux à l’hôpital qu’à la maison.

 

Il nous reste encore 2 jours d’hôpital avant que le rythme des allers-retours s’atténue, ensuite ce sera un peu plus calme, mais Laura va recevoir de très fortes chimios pendant ces 2 jours et ensuite il faudra surveiller l’aplasie presque inévitable comme me l’a dit le médecin.

 

Merci à tous pour vos gentils messages mais je n’arrive pas à répondre par faute de temps mais aussi parce que les mots ne sortent pas, toutes mes excuses.

 

A suivre…

Par Isabelle
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Dimanche 2 mars 2008

Ce matin, Gaby m’appelle et me demande de monter rapidement voir Alexis à qui il donnait le bain. A son ton, j’ai senti que quelque chose n’allait pas, aussi je suis montée rapidement.

 

Alexis était dans la baignoire avec la tête pleine de shampooing. Gaby s’est approché, a passé la main dans ses cheveux et m’a montré sa main, elle était pleine de cheveux d’Alexis . Nous nous sommes regardés, Gaby était blanc comme un linge, moi j’ai senti mes jambes se mettrent à trembler, j’ai même failli m’effondrer, plus on passait la main dans ses cheveux, plus ils tombaient.

En temps normal, j’aurai été sceptique, mais là, j’ai immédiatement pensée qu’Alexis avait une maladie, peut-être une maladie génétique ou autre qui se déclarait maintenant en montrant ses premiers symptômes, je me suis immédiatement imaginée à l’hôpital avec mes deux enfants perfusés, chacun dans un lit, tous deux sans cheveux…

Je suis partie dans ma chambre pleurer en me disant que nous étions maudits que quelqu’un nous avait jeté un sort ou autre chose.

 

Quelques instants plus tard, Gaby m’a appelée une nouvelle fois, il venait de se souvenir que lorsqu’il était allé chercher Alexis pour son bain, celui-ci était dans la chambre de Laura et jouait avec sa mallette Hello Kitty qui contient tout un nécessaire de crayons, feuilles, gommettes, matériel de découpage. Il a demandé à Alexis s’ il avait joué avec les ciseaux, et mon Bibou a répondu « oui, a coupé les cheveux ! », nous lui avons donné les ciseaux et lui avons demandé de nous montrer ce qu’il avait fait, et Alexis nous a montré comment il s’était effectivement coupé les cheveux.

 

Cette révélation nous a fait à la fois sourire et pleurer car nous avons eu très peur, la chance n’étant pas tellement de notre côté en ce moment, nous nous sommes immédiatement imaginés le pire, quelle frayeur !

 

Maintenant que nous y repensons, nous rions et nous disons que l’on aurait pas du s’emballer comme ça. Laura a été très amusée par les frasques de son frère et s’est empressée de ranger sa mallette  !

 

 

A suivre…

 

Par Isabelle
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Lundi 3 mars 2008

Rendez-vous ce matin à l’hôpital.

 

Tout d’abord 1ère étape, le poids. On monte sur la balance, elle oscille, oscille, puis se fixe, 15.800 kg. Laura n’a pas grossi mais voyons le bon côté des choses, elle n’a pas maigri non plus.

 

Puis 2ème étape, ouverture du pansement de KT, prise de sang, « toilette » du KT puis on referme et on attend les résultats. Pendant ce temps, maman va boire un petit café sous la pluie.

 

3ème étape : visite du médecin. Elle trouve Laura très pâle et elle n’a quasiment pas de réflexes. Pendant qu’elle examine Laura, l’infirmière amène les résultats de la num., 400 neutros, c’est l’aplasie. Le médecin me rassure en disant que c’est tout à fait normal compte tenu des doses de chimio qu’elle reçoit en ce moment et qu’il est même extraordinaire qu’elle ne soit pas tombée plus tôt en aplasie, Laura résiste plutôt bien au traitement (ah bon, vous trouvez ?). Par contre elle doit voir si l’on peut faire la chimio du jour. Pour moi l’angoisse commence en attendant le verdict car si cette chimio est décalée, c’est toute la suite qui est également décalée et l’on a qu’une envie, en finir au plus vite avec cette partie éprouvante du protocole.

En attendant, je marche dans la chambre pendant que Laura regarde un DVD, impossible de rester en place, l’angoisse monte, je marche encore, je jette un coup d’œil par la fenêtre, les nuages se dissipent, le soleil fait une percée, peut-être un bon signe, puis j’aperçois encore ce chat noir, je ne suis pas superstitieuse mais je vais finir pas le devenir à force de le voir à chaque fois.

Quinze minutes plus tard (j’ai l’impression que c’était une heure plus tard…), l’infirmière vient me rassurer, ils ont téléphoné à Trousseau qui a donné son feu vert pour faire l’L-Asparaginase malgré l’aplasie. Ouf, ça va mieux, je me détends et entâme la lecture du Voici du jour . Pas très intello comme lecture mais en ce moment c’est la seule chose que j’arrive à lire, au moins ça ne demande pas trop de concentration.

 

12h45, la piqûre est faite, c’est parti pour 2 heures de surveillance avec une prise de tension tous les quarts d’heure. Nous sommes arrivées à 9h30 ce matin…

 

14h15, dans une demi-heure c’est fini, je commence les formalités, prendre rendez-vous pour mercredi, aller chercher mon bon de transport et mon bulletin de présence.

 

15h00, il y avait du monde au bureau, ça y est, on rentre. Laura est  KO et a faim, elle refuse de manger quoi que ce soit à l’hôpital, pas même un Petit Beurre alors depuis 8h30 ce matin, ça fait long.

 

15h30 arrivée à la maison, il faut préparer le déjeuner, prendre les cachets… Si tout va bien je pourrais aller faire quelques courses vers 17h…

 

18h30, je me dépêche de finir cet article car Laura est épuisée, je vais préparer le dîner rapidement pour la mettre au lit tôt. Alexis soufflera ses bougies pour ses 3 ans avec Laura et maman car je ne pense pas qu’on aura le temps d’attendre papa, Laura se sera endormie avant.

 

 

A suivre…

Par Isabelle
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Mercredi 5 mars 2008

-          Maman, pourquoi j’ai la leucémie ? 

-          Je ne sais pas mon amour

-          Mais j’ai fait quoi pour l’avoir ?

-          On ne sait pas, les docteurs n’ont pas encore trouvé

-          Mais j’ai fait une bêtise ?

-          Non, tu n’as rien fait

-          Ben si, j’ai dû faire une bêtise pour être punie avec la leucémie, parce que quand on ferme pas son manteau, on est malade mais moi je ferme toujours mon manteau alors j’ai fait une bêtise et j’ai eu la leucémie.

 

* * *

 

-          C’est pas drôle la leucémie maman, parce que je peux rien faire comme les autres enfants. Je peux pas aller à l’école, je peux pas aller à la danse, je peux pas aller au conservatoire et je dois toujours aller à l’hôpital. Ils ont de la chance les autres enfants et moi j’en ai pas.

 

* * *

 

-          Pourquoi tu m’obliges à prendre des cachets qui sont pas bons ?

-          C’est pour te guérir

-          Mais ça me guérit pas parce que je suis encore plus malade qu’avant et je maigris et en plus ils me font vomir.

-          Si mon cœur, c’est dur à comprendre, mais ces cachets vont te guérir

-          Mais quand, parce que c’est long

-          Ca prendra longtemps mais un jour tu seras guérie

-          Tu sais maman, des fois je voudrais mourir et aller au ciel pour plus avoir la leucémie et plus avoir des piqûres et plus prendre tout plein de cachets, et de toute façon je sais que la leucémie ça fait mourir

-          Mais qui t’as dit ça, tu ne vas pas mourir

-          Si, je le sais que ça fait mourir la leucémie parce que c’est une maladie qui est longue à guérir et quand c’est long, des fois les gens ils vont au ciel avant.

 

* * *

 

-          Il a de la chance Alexis, il est pas malade lui, il prend pas de cachets, il court tout le temps et il a la pêche alors que moi je suis toujours fatiguée, j’arrive plus à monter les escaliers, tu dois me porter tout le temps et puis il faut que tu m’emmènes toujours à l’hôpital, et aussi tu dois toujours faire le ménage à cause de moi…des fois t’as pas envie que j’aille au ciel pour être tranquille ?

 

 

Par Isabelle
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Jeudi 6 mars 2008

Laura a terminé la première partie de l’intensification n°1, elle a réussi à faire toutes ses chimios sans aucun décalage. Aux dires du médecin, c’est très très rare. Pourtant il s’en est fallu de peu hier, pour faire la dernière injection d’L-Asparaginase, la fibrine doit être supérieure à 0.5, et ses analyses de sang montraient une fibrine à 0.56.

Nous avons commencé la décroissance des corticoïdes et sommes passés à 4 cachets 3 fois par jour au lieu de 5, puis ce sera 3, puis 2, puis 1 et nous arrêterons mardi soir. Pour Laura cela ne fait pas beaucoup de différence, outre le fait que nous n’irons plus qu’une fois par semaine à l’hôpital elle doit toujours prendre ces maudits cachets. Cela nous prend toujours entre 30 minutes et une heure à chaque prise, elle pleure, s’énerve, a mal à la tête, mal au ventre, c’est un calvaire pour elle.

 

Sa fatigue a encore augmenté, elle se traîne d’un canapé à l’autre quand elle ne me demande pas de la porter. Elle est quasiment incapable de monter les escaliers et parfois ne peut même pas marcher. Elle a encore maigri et est désormais à 15.400 kg. Au démarrage de l’intensification, elle pesait 17.600kg, elle a perdu 2.200 kg en 2 semaines. Ses bas de pyjamas ne tiennent même plus et bien que les tailles ajustables des pantalons soient au maximum, c’est encore trop grand. Elle ne supporte pas le bruit, et ce n’est pas facile avec son frère qui lui a de l’énergie à revendre.

 

Nous avons maintenant 2 semaines sans chimio, j’espère qu’elle va se retaper un peu. Nous aurons juste nos visites du mercredi à l’hôpital pour faire une analyse de sang et changer le pansement du cathéter. Au terme de ces 2 semaines, si Laura est sortie d’aplasie et ses neutros supérieurs à 1000, nous attaquerons la 2ème et dernière partie des chimios de cette partie du protocole pour une durée de 3 semaines.

 

Quant à moi, je me suis volontairement « coupée du monde », je ne réponds plus au téléphone, parfois je réponds à des mails et encore. Quand j’en ai la possibilité, je vais faire mes courses dans des endroits où je ne risque pas de rencontrer quelqu’un, je fuis. Je fuis toute tentative d’explication, de discussion sur Laura, sur la maladie, sur notre état d’esprit en ce moment tout simplement parce que je ne sais pas quoi répondre, je suis incapable de mettre des mots sur ce que je ressens parce que je n’avais jamais ressenti cela auparavant. Voir ma fille dans cet état, subir ce qu’elle subit est la chose la plus difficile que j’ai vécu jusqu’à présent, je me sens complètement désoeuvrée, démunie, perdue, incapable de trouver les mots, les gestes, les attentions qui pourraient la réconforter, lui redonner des forces, le sourire. Je me sens révoltée contre la terre entière parce qu’ « on ne sait pas», on ne sait pas comment cette foutue maladie s’attrape, on ne sait pas comment la soigner autrement qu’en passant par ces souffrances, on ne sait rien, et je ne supporte plus d’entendre « c’est la faute à pas de chance » quand je demande pourquoi ma fille a la leucémie.

 

Il faut que tout se remette en place doucement dans ma tête, que je chasse ma colère et surtout que je vois ma fille se retaper, ensuite ça ira mieux. Aussi ne m’en veuillez pas d’être absente.

 

A suivre…

Par Isabelle
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